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Toujours dans le but d’ éclaircir ma pensée au sujet de la psychose, j’aimerais évoquer maintenant des outils que j’ai utilisé pour me remettre de cette terrible maladie. Au passage, il faut bien admettre que ce genre de pathologie est un défi pour notre intelligence et notre raison. Vu que celle-ci est plus forte que nous, il faut faire en sorte d’être rusé comme le serpent et souple comme une colombe.

La psychose est le fruit d’une multitude de phénomènes psychiques dont il me paraît bien difficile de leur donner une cause unique et précise. Quoiqu’ il en soit, quand on est en souffrance, il est clair que l’on peut et doit en déterminer la ou les causes dans le but de s’en sortir avec le moins de dégâts possible. Pour ma part, j’ai quelques pistes quant aux déterminations qui sont les miennes. Malgré que cette conscience soit acquise, ce n’est pas cela qui m’a empêché de souffrir : on peut mourir à force de pourquoi.  C’est pour cette raison que je ne m’y suis pas attardé puisque on ne peut changer les causes de la maladie vu  qu’elles se conjuguent nécessairement au passé et résultent de circonstances qui nous échappent. Ce qui importe donc (à mon sens), c’est bien d’en supprimer les effets (la souffrance) bien plus que se perdre dans le spéculatif.

Alors comment faire ?

Dans un premier temps, il faut commencer par la bouffée délirante elle-même. Plutôt que de prouver qu’elle est vraie ou fausse et là aussi se perdre par nos certitudes et nos convictions, il vaut mieux admettre qu’elle fait partie de nous (ce qui n’est pas facile à comprendre et à accepter), sans pour autant en prendre son parti. Tout est là, dans la résolution permanente de ne pas alimenter mon imaginaire par de fausses interprétations qui veulent donner une pertinence à un délire. C’est donc une sorte de régime d’un esprit qui choisi de ne pas nourrir certains de ses appétits : c’est comme nos rêves et nos cauchemars, il faut les alimenter pour qu’ils puissent rester en vie.

Pour les chrétiens, cela ressemble à une parole du christ : que celui qui veut être mon disciple, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Parole qui a résonné en moi : tout est dans le renoncement et dans la manière de s’oublier soi-même (ce qui ne veut pas dire abandonner la lutte contre notre mal). Je ne suis pas un mystique mais un pragmatique et je vois là simplement une manière d’être et d’agir contre ce qui fut mon mal-être pendant une longue période. En effet, outre la maladie, j’ai du faire le deuil d’un avenir professionnel potentiellement élevé. A ce titre, la parole du christ fut une aide précieuse car elle donne un sens, une portée, à mes efforts contre mon mal. Force est de constater que ça a bien marché puisqu’aujourd’hui, je n’ai plus aucun symptôme « positif » de la psychose.

Dans un second temps, quand ça allait mieux déjà, j’ai tenté de restaurer mes capacités intellectuelles et de mémoire. Pour cela, et tout en poursuivant mon effort en terme de renoncement, j’ai tenté de vider le contenu de ma conscience du trop plein de pensées et d’angoisses. Pour y arriver, je crois qu’il est nécessaire de faire face à ce qui fait peur (les autres, certaines situations,…). J’ai la conviction profonde que tout ce qu’on cherche à éviter se répète, et nous entraîne vers une sorte de néant ou de vide existentiel. En faisant face à mos démons (au figuré bien sûr), j’ai pu faire en sorte qu’ils reculent et me laissent en paix. Là aussi, ça a marché. Au passage, ça m’a permis de renouveler ma vision du monde et mes valeurs.

C’est en faisant tout cela que j’ai pu m’en sortir (même si je reste fragile). Bien mieux que d’examiner les éléments causaux déclencheurs de la maladie, il vaut mieux à mon sens, faire ici et à chaque instant des efforts sur soi, ce que j’ appelle des choix spirituels : puisque que même en cage, nous restons libres à l’intérieur, libre de choisir quelle attitude adopter face à nos déterminismes.

Bref, je suis passé de la passion à l’apaisement.

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