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Souffrant de psychose (dépression grave), j’ aimerais ici évoquer les moyens personnels que j’ai mis en oeuvre et qui m’ont permis sinon de m’ en remettre encore complètement mais de m’apporter avec le temps un net mieux-être.

Tout d’abord, il est utile de rappeler ce qu’est la psychose et en quoi elle altère gravement la personnalité d’un individu . Dans mon cas, et je ne suis pas le seul à vivre cela, elle engendre une baisse notable de mes capacités intellectuelles, de mémoire, ainsi qu’une forte angoisse et une douleur morale permanente. C’est donc un handicap à part entière auquel peut s’adjoindre des prolongements socio-économiques (impossibilté de travailler, rejet de la société,…).

Alors comment faire face ?

En premier lieu, il est nécessaire de bien faire la différence entre un psychotique et quelqu’un qui souffre de psychose. La distinction peut sembler artificielle, et pourtant ce n’est pas du tout la même chose.

En effet, dans la première situation, le psychotique est devenu l’instrument de sa maladie et de ce fait, il la subit et cela peut aller jusqu’à une forme de délire permanent, ce qui est irréversible. C’est pourtant le chemin (sous des formes différentes et d’inégales gravités) que prennent une bonne partie des patients en psychiatrie car il faut bien comprendre que par exemple, les délires sont généralement agréables et que par conséquent, certains y plongent. Dans ce cas, la maladie est le malade, et cela a pour conséquence de dissoudre complètement la personnalité dans un chaos imaginaire.

Dans la seconde situation, la personne fait le choix de la lucidité malgré tout ce que peut lui dire ou lui montrer son esprit. C’est donc une vive douleur que de constater que l’on porte en soi une part de folie. Or c’est justement cela qui montre que la personne n’est pas folle et qu’elle peut malgré la situation qui la touche tendre vers la « normalité ».

Personnellement c’est ce second choix que j’ai fais. A ce stade, pris entre les brêches qu’a engendré ma période délirante et ses symptômes, il est difficile de faire la part des choses, et l’on est en perte de repères entre le monde tel qu’il est et ce que son esprit nous le donne à voir ou à percevoir. Et cela génère une énorme souffrance morale, comme une mort de l’esprit. Le terme n’est pas exagéré car dans mon cas, outre la maladie proprement dite, j’ai été dans l’obligation de faire le deuil de mes ambitions professionnelles et de mes souhaits personnels.

Alors, que faire quand on souffre de psychose ?

Et bien, pour faire face, il faut en premier lieu « accepter » la maladie, un chose qui est à la fois simple et très difficile. En effet, c’est une erreur d’être impatient devant la souffrance et de s’en irriter car cela ne la fait pas disparaître. Au contraire, cela ne fait qu’accroître notre affliction, qu’aggraver et rendre plus amère une situation déjà difficile. Ce qu’il faut donc, c’est éviter de se laisser aller à l’impatience, à l’irritation, mais comprendre comment la souffrance vient, car c’est aussi comprendre comment on peut s’en débarasser, et y travailler avec patience, avec intelligence, avec détermination et énergie.

Dans un second temps, il faut travailler sur soi, ce qui demande un effort important en terme de discernement notamment. En effet, en ce qui me concerne, j’avais des hallucinations visuelles (symptôme classique de la psychose). Et qu’ai-je fais ? Et bien, tout simplement ne pas en tenir compte, c’est à dire plus clairement ne pas les interpréter, car là c’est la boîte de Pandore. De même, mon esprit avait tendance à se croire au centre du monde (un classique là aussi). Pour cela, là aussi il ne faut pas laisser ces pensées prendre le dessus, c’est à dire ne pas adhérer à ce qu’elles peuvent induire, ce qui signifie ne pas s’accrocher à celles-ci mais simplement les laisser passer. Cette démarche personnelle est en fait un régime d’un esprit qui ne satisfait pas ou plus certains de ses appétits. C’est donc mourir à soi-même pour mieux pouvoir ensuite renaître et faire la paix en soi.

Enfin, dans un troisième temps, il faut faire le choix de ce que j’appelle l’anéantissement de sa volonté propre et des standards sociaux auxquels nous nous raccrochons tous et qui sont pourtant bien illusoires car ne constituant pas l’essentiel d’une vie. Je veux parler ici de ce qui est la norme d’un groupe humain, ce qui est en Occident les valeurs de la société de consommation comme l’argent, la réussite sociale…En fait, tout ce qui fait notre culture superficielle et qui peut générer de la souffrance pour ceux qui en sont privés du fait d’un handicap quel qu’il soit. Ceci pour faire comprendre qu’il est plus important d’être en accord avec soi que d’accord avec les autres et de l’idée qu’ils se font sur la vie. Comme dit l’adage, il vaut mieux être seul que mal accompagné.

Et le résultat de tout ça ?

Et bien, après tout le travail sur soi que peut représenter ce que je mentionne plus haut, j’ai pu avec le soutien de mes parents, amis, de la médecine, faire en sorte que mon traitement baisse de plus de la moitié, j’ai pu reprendre des études universitaires (et oui) pour me remettre à niveau, je vis de manière autonome dans mon petit appartement, j’ai une vie sociale, et vraisemblablement, il me sera bientôt possible de pouvoir retravailler même partiellement.

Approfondissement :

Pour aller plus loin, il me paraît aussi important d’évoquer ce qu’on nomme en psychologie, la résilience. Cette notion recouvre un phénomène psychologique qui consiste, pour quelqu’un touché par un traumatisme, à prendre acte de son celui-ci pour ne plus vivre dans la dépression et le poison que ce traumatisme peut causer. C’est « vivre avec », dans le sens où cela fait partie de la vie de cet individu, ne le diminue pas mais au contraire lui permet de revivre. La résilience est rendue possible grâce à la réflexion, à la parole, et dans le meilleur des cas grâce à l’encadrement médical d’une thérapie, d’une analyse. La résilience n’est pas seulement une dimension, c’est le résultat de multiples processus qui viennent interrompre des trajectoires négatives.

Certains s’en sortent.

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