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J’ai commencé à tomber malade entre fin 2003 et avril 2004. Là j’étais en maîtrise, j’étudiais les politiques sociales et de santé publique, je me destinais à être cadre administratif dans la fonction publique. Pour cela j’avais tout prévu et de ce fait, j’avais mis toutes les chances de mon côté pour y parvenir. La maladie a mis un terme à un parcours universitaire brillant tant je me débrouillais bien dans les études. Passer de ça à l’univers de l’hôpital psychiatrique a été un vrai choc je me disais que ma vie était foutue, que tout le travail que j’avais fais était perdu. Cela a été aussi un vrai choc pour ma famille de voir l’écart entre ce que j’étais avant ma maladie et ce que j’étais devenu à cause d’elle. Des mois très dur en 2004 : 2 hospitalisations. Tout d’abord en avril – juin 2004 en HP public dans ma ville où il faut bien l’avouer, j’ai été mal soigné par des médecins qui ont mis ma maladie sur le compte de mes parents. Ils l’ont d’ailleurs donc mal vécu et c’est bien normal, je n’étais en + qu’un zombie, ils me l’ont dit plus tard. Suite au fait que ça n’avançait pas, mes parents ont souhaité consulter dans le privé et j’ai été adressé à mon médecin psychiatre actuel qui me suit depuis. Là le diagnostic qui s’était fait attendre est tombé : trouble psychotique. Heureusement que je n’ai pas eu le diagnostic de schizophrénie, je n’aurais pas pu le supporter.

Quoiqu’il en soit, j’ai été ré-hospitalisé de fin septembre à novembre 2004 en clinique. Là un traitement + efficace a été mis en place mais à haute dose ce qui faisait que j’étais très diminué. Physiquement j’ai pris environ 15 kilos et sur le plan psychique, je souffrais énormément, je n’arrivais pas à suivre les conversations, j’avais des hallucinations visuelles que malgré tout j’arrivais à contrôler sans me laisser submerger par elles. Par ailleurs impossible de reprendre des études : tout était fini … je venais de passer dans un autre monde, celui de la maladie. je suis resté environ 1 mois et demi en clinique, mon état de santé s’étant un peu amélioré et le traitement mis en place, il ne me restait plus qu’à sortir de la clinique. Oui mais pour faire quoi ?! Je ne pouvais rien faire, ni travailler, ni même profiter du temps que j’avais devant moi pour me reposer et réfléchir, je souffrais trop pour cela.

Mes parents qui ont toujours été là et sans lesquels, je ne serai pas là pour écrire cela aujourd’hui, m’ont envoyé dans un centre de jour pour avoir un suivi et surtout une occupation. J’avais ainsi accès à des rendez vous avec un psychologue, à des activités thérapeutiques comme la relaxation, des ballades etc … mais aussi au contact avec d’autres personnes ayant un itinéraire sinon proche du mien mais au moins disant ayant des similitudes. Ce n’est qu’à partir de là que j’ai pu me reconstruire progressivement. Mon traitement diminuait aussi à la mesure de mon ACCEPTATION de la maladie et de ses conséquences. Cela peut paraître paradoxal mais moins on est révolté et moins on nie sa maladie surtout ce type de pathologie, mieux on s’en sort, y’a pas photo d’ailleurs.

Je suis resté en centre de jour de fin 2004 à juin 2006 soit un peu plus d’un an et demi. C’est long et pas long quand on sait que d’autres y reste 10-15 ans voire toute leur vie. J’ai donc progressé relativement rapidement. J’estime aujourd’hui que mon suivi psy a été bon tant par la qualité des professionnels qui m’ont aidé que par ma propre gestion de la maladie. J’ajoute que si je n’avais pas eu de bonnes connaissances dans le domaine de la philosophie et de la spiritualité, impossible de me remettre comme je l’ai fais. Ce genre de maladie est complexe a gérer et peu comprise par l’entourage même proche et va contre les modèles sociaux dominants de la société : réussite personnelle, compétition exacerbée …

Après cela à partir de 2006, j’ai repris des études universitaires pendant un an pour me remettre à niveau. Je n’ai pas pu aller jusqu’au bout malheureusement en raison principalement des symptômes négatifs persistants de la maladie comme : les pertes de mémoires, les problèmes d’attention, un niveau de stress trop élevé, une grande fatigue permanente et encore de la souffrance morale. Néanmoins, je m’estime heureux d’avoir cette année d’étude qui m’a apportée des satisfactions personnelles, l’impression d’avancer tout simplement.

J’ai fini ces études en septembre 2007, je suis donc retourné un temps chez mes parents, jusqu’à ce que je trouve un appartement dans la même ville qu’eux (on ne sait jamais ce qui peut arriver …). Je suis rentré dans mon appartement en février 2008 et j’y suis encore. Bien que ne travaillant pas, mon autonomie m’a permis de faire de nouveaux progrès au niveau santé. J’ai ainsi retrouvé un usage bien + important de mes capacités intellectuelles et de mémoire, mon stress a nettement baissé, je souffre bien moins moralement, bref je me rapproche de la normale petit à petit. Le repos complet fait donc bien les choses que d’être dans l’enfer de la volonté de s’en sortir à tout prix (la maladie est paradoxale …).

Aujourd’hui en juin 2010, je vais bien, je fais du bénévolat, j’ai une copine, je pense pouvoir retravailler prochainement. La vie est revenue petit à petit et mon traitement a fondu de plus des 3/4 depuis le début de ma maladie.

Pour ceux qui liront cela : gardez courage, soyez patient et endurant, ayez du discernement pour vous mêmes, ne forcez pas trop car demain viendra. Bref prenez bien soin de vous.

Tout est toujours possible.

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