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La schizophrénie et autres psychoses sont des maladies singulières dans le regard que l’on porte sur elles. A ce titre il existe au moins 3 façons de les percevoir. Il s’agit de constructions ou de représentations que l’on peut avoir sur celles-ci.

  • L’une est une construction d’ordre médicale dont le but est de poser un diagnostic qui se fera à partir des symptômes de la personne en souffrance.
  • La seconde est une construction sociale, c’est le regard que la société et donc les gens ordinaires portent sur la maladie mentale.
  • La troisième est d’ordre identitaire, ce sera la perception de la personne en souffrance sur sa pathologie.

Il y a entre les 2 premières perceptions un décalage important, dans la mesure ou l’aspect médical n’est là que dans un processus de soins en posant un diagnostic. Ce dernier étant la résultante et le constat de la présence d’une série d’indicateurs que sont par exemple la présence d’un délire caractérisé, d’un retrait social et affectif, etc.. Tout dépendra de la personne concernée, car il y a autant de formes de maladies mentales que de personnes qui en sont atteintes. Ce diagnostic est de l’ordre de l’objectivation de cette série d’indicateurs chez le patient : il en étant la résultante. Pour ce qui est du regard que la société pose sur le maladie mentale, il s’agit bien davantage d’une forte part de subjectivité car la méconnaissance du public des problématiques posées par la maladie psy est réelle. Cette subjectivité est bien souvent faite de stigmatisation, de rejet des personnes en souffrance.

C’est le décalage entre la construction médicale dite objective de la maladie mentale et son reflet subjectif dans la population qui pose problème aujourd’hui. L’aspect médical des patients en psychiatrie se veut avant tout humaniste dans sa prise en charge alors que le rejet des personnes non atteintes par la maladie mentale constitue un frein réel dans l’intégration sociale et professionnelle des patients. Il y a là un biais insupportable pour les malades et leurs familles qui se traduit bien souvent par de réelles difficultés au quotidien.

L’origine de ce décalage entre ces 2 représentations de la maladie mentale est dans l’asymétrie de l’information médicale. En ce sens, les gens ordinaires n’ont accès à la maladie mentale que part les gros titres des journaux et non par l’intervention des médecins dont le rôle à mon sens ne devrait pas se limiter à la prescription médicamenteuse mais aussi à l’information massive du public dans les questions de la santé mentale afin que les personnes en souffrance ne soit pas les boucs émissaires d’une société propre à les mettre systématiquement de côté.

La résultante de ce constat, tout autant que la difficulté d’informer le public sur ces questions, font que le malade mental se crée des représentations sur lui-même et la pathologie dont il est atteint. En ce sens, et à titre personnel, j’ai pu observer que le fait de dire que j’étais malade et que je ne pouvais pas travailler alors même que rien chez moi ne montre que je suis handicapé provoquait systématiquement des réactions hostiles. Après avoir enregistré cela, je ne dis plus aujourd’hui que je suis malade mais que je fais une dépression ou que j’ai des soucis de santé. Je ne veux pas à avoir à me confronter au regard délétère des gens sur ces questions. Au fond, je sais pertinemment que les gens ordinaires ne sont pas prêts à accepter la rencontre avec quelqu’un qui souffre de psychose. Je choisis donc d’éviter le sujet. Non pas que j’ai honte de ma maladie, mais je sais que celle-ci n’ai pas comprise par la plupart des gens, donc je n’abstiens d’en parler.

Tant que le public ne se saisira pas de l’information, et verront d’eux mêmes que la maladie mentale peut aussi être vaincue ou du moins domestiquée par les traitements et qu’au fond, le malade mental est d’égale dignité avec la personne lambda, je pourrais parler de ma maladie spontanément. Vu qu’aujourd’hui, ce n’est pas possible je choisis de m’abstenir.

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