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DEFINITION :

Le terme de schizophrénie (de skhizein=fendre ET phrên=pensée) désigne un groupe de psychoses caractérisées par la dissociation (processus interne), c’est-à-dire la perte de cohésion et d’unité entre les différentes composantes de la vie psychique et à l’intérieur de chacune de ces composantes (affectivité, langage, pensée, intelligence, comportement).

A ce concept théorique de dissociation on associe la discordance (expression externe), qui correspond à l’aspect clinique de la dissociation. C’est l’inadéquation, la bizarrerie, l’ambivalence, observées chez le patient dans son comportement, son langage, ses émotions, le contenu de son discours.

PREVALENCE :

1% dans la population générale, quel que soit le pays et la culture.

Cette donnée est une estimation moyenne, car aucun comptage des schizophrènes ne peut être fait, soit parce que le diagnostic est difficile à poser, soit parce que certains schizophrènes échappent au contrôle médical (SDF par exemple).
La schizophrénie débute le plus souvent, entre la puberté et le début de l’âge adulte, particulièrement entre 18 et 25 ans. Elle touche autant les hommes que les femmes.

SYMPTOMES :

Aucun schizophrène ne développe tous les symptômes de la schizophrénie mais l’ensemble des symptômes se retrouvent d’une manière plus ou moins marquée chez l’ensemble des schizophrènes
Syndrome dissociatif : C’est le syndrome principal.

-La dépersonnalisation, perte de l’unité et de l’intégrité psychique et physique, impression de se transformer, de devenir autre, de disparaitre, de se disloquer…
-La déréalisation. Impression de transformation du monde extérieur. L’environnement semble étrange et nouveau, faux ou inapproprié.
-L’ambivalence : le schizophrène peut associer des notions habituellement opposées, dans tous les domaines, dans les propos et les actions (par exemple, dire une chose et son contraire avec la même force et la même conviction).
La dissociation entraine un affaiblissement des capacités d’apprentissage et de communication qui entrainent un handicap et une régression, sans pour autant que l’intelligence au sens strict soit touchée.

Le discours
– Mauvaise organisation du discours. Le discours est mal organisé, avec des passages d’une idée à l’autre, des interruptions, des ralentissements, des répétitions.
– Troubles du langage Le discours s’élabore à partir de mots précieux ou d’expressions désuètes (maniérisme), ou de mots nouveaux ou inappropriés
– Le mutisme
La pensée
– La pensée devient abstraite recherche d’explications théoriques, attirance pour des notions philosophiques, religieuses, voire mystiques (menant ou non à un délire)
– La pensée devient monocorde et pleine de stéréotypes
– La pensée est désinhibée voire violente
La perception
-Trouble de la perception extérieure, des couleurs, des bruits, des perspectives, de la matière
-Trouble de la perception intérieure et impressions intracorporelles faussées (perte de sensation du corps, ou trop grande sensation de l’intérieur de son corps)
L’affectivité et des émotions
-Ambivalence affective et incohérence des sentiments (en particulier vis à vis des parents) -Détachement, froideur (pouvant être associée à la perte de l’élan vital)
La compréhension et le jugement
-Tendance à prendre les choses au sens premier et les mots au premier degré, difficulté à gérer des niveaux différents de communication et les informations non verbales (signes et codes sociaux) -Difficulté à se mettre à la place de l’autre et à comprendre l’environnement extérieur
-Soumission à la volonté et à la pensée des autres
-Difficulté à différencier les détails des choses importantes
Troubles psychomoteurs
-Maniérisme gestuel : mouvements précieux, et mécaniques
-Evitement du contact, évitement des regards et des contacts physiques
-Répétitions de gestes (balancements), mimiques grimaçantes, imitation des gestes des autres
-Immobilité
Le retrait et la prédominance de la vie intérieure
– Isolement, immobilisme, inexistence de la vie relationnelle, défaut d’hygiène corporelle et d’alimentation
– Rêveries rassurantes et personnelles
– Sentiment de toute puissance
Les délires
– Délire paranoïde, souvent délire hallucinatoire, surtout auditif.
– Perte du contrôle de la pensée, les pensées semblent mener leur propre vie, peur de voir ses propres pensées être volées ou utilisées par d’autres.

Classification des symptômes

Ces symptômes sont souvent classés en trois catégories :
symptômes de discordance :  symptômes exprimant directement la désorganisation
symptômes positifs : production de délires, hallucinations, comportement excessif et impulsif… ces symptômes peuvent être intermittents
symptômes négatifs : déficit de concentration, inhibitions, apathie, déficit de communication, déficit affectif, repli… ces symptômes sont généralement persistants
Cette classification a son importance puisqu’elle permet à la fois de déterminer le type de schizophrénie dont souffre un patient et de déterminer le ou les médicaments qui lui sont adaptés.
Les symptômes positifs sont plus visibles et plus gênants pour l’entourage et le patient que les symptômes négatifs, ils sont donc plus vite diagnostiqués et mieux traités ; sur le long terme, même amoindris, ils peuvent entraîner une exclusion sociale importante du fait qu’ils font peur.
Les symptômes négatifs sont mieux tolérés par l’entourage, et les schizophrènes déficitaires stabilisés sont souvent perçus comme fragiles et dépressifs.

EVOLUTION DE LA MALADIE :

Depuis leur apparition au début des années 1950, les neuroleptiques ont permis d’améliorer considérablement le pronostic.
Toutefois, la rémission obtenue par de nombreux patients demande des efforts et une prise en charge cohérente sur plusieurs années.
Les obstacles principaux à la rémission sont :
-le suicide dont le taux est très élevé chez les schizophrènes
-le refus de se soigner, du fait d’un déni total ou partiel du patient
-le défaut de soin, du fait de l’absence d’environnement protecteur (de nombreux schizophrènes sont laissés livrés à eux mêmes)
-l’incohérence des thérapies liées autant au déficit financier de certains établissements qu’à la mauvaise connaissance de la schizophrénie de certains médecins libéraux
-les formes résistantes aux médicaments
-le cumul de handicap (schizophrénie associée à la pauvreté sociale et intellectuelle, à la toxicomanie…).

TRAITEMENT :

L’hospitalisation est souvent nécessaire en cas de phase aigue, et pour la meilleure observation du patient au début de la prise en charge.
La chimiothérapie
-Les neuroleptiques (la base du traitement)
-Les antidépresseurs et anxiolytiques sont souvent associés (ces médicaments doivent être administrés avec précaution afin de ne pas favoriser certains délires ou certains passages à l’acte)
La sismothérapie est parfois indiquée mais rarement utilisée
Les Psychothérapies
en phase aigue ou chronique :
-Psychothérapie de soutien : permettant au patient de prendre conscience de sa maladie, de parler de ses symptômes, de son traitement et de ses projets
en phase chronique et en phase de rémission :
-Psychothérapie d’inspiration analytique
-Thérapie de groupe
-Thérapie comportementale
L’objectif des thérapies est de minimiser les symptômes résistants aux médicaments et les symptômes parasites liés à la difficulté d’accepter son handicap, et de régler les problèmes psychiques qui risquent de nourrir la schizophrénie
La rééducation ou l’aide à la réinsertion
-Hôpital de jour ou groupe associatif
-Appartement thérapeutique
-Emploi protégé

  • Exposé des problématiques induites par la maladie.

La notion de handicap psychique est récente. Elle apparait dans le rapport Charzat (2002) et la Loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

Le handicap psychique se distingue du handicap moteur, sensoriel, mental et cognitif. Il regroupe les conséquences durables en terme de dépendance et de difficulté d’insertion d’un trouble psychique tel que la schizophrénie.

Il ne s’agit non pas de la maladie mais de sa répercussion dans la sphère personnelle ou sociale. Le handicap peut être plus ou moins important ; quand il est total, il devient une incapacité. Par exemple, un handicap sur le plan relationnel se traduira par une capacité inférieure à la moyenne d’envisager des relations sociales.

Le handicap peut être évalué :

  1. Par un soignant par rapport à la situation habituelle des personnes normales du même âge et de même culture que le patient.

  2. Par la personne handicapée elle-même par rapport à l’image qu’elle a d’elle et des autres, et par rapport aux souvenirs qu’elle a de l’époque précédent la maladie.

  3. Par l’entourage qui perçoit beaucoup mieux le handicap que le malade lui-même.

S’agissant des personnes schizophrènes, le risque est important de cumuler les handicaps.

Ce cumul de handicap vient du fait que :

  1. Les schizophrènes sont marginalisés par rapport aux autres personnes de leur génération, ainsi donc ils ne font pas certains apprentissages qui se font d’habitude au sein des groupes de jeunes, ils ne participent pas à certains rites de passages, ils n’ont pas l’occasion de faire certaines expériences en particulier dans le domaine relationnel.

  2. Les schizophrènes ont peu d’activités et peuvent finir par devenir très passif voire même s’affaiblir physiquement.

  3. Les schizophrènes dépendent de leur famille et peuvent devenir immatures ou entrer en conflit avec leurs parents, car la promiscuité entre des parents déçus et honteux de leur progéniture et un jeune psychotique oscillant entre un sentiment de supériorité et un sentiment de jalousie vis-à-vis de son entourage familial est une situation par nature conflictuelle.

  4. Les schizophrènes ont du mal à a voir une vie affective et cela peut leur manquer cruellement, comme toutes les personnes qui vivent dans la solitude extrême et qui n’ont jamais l’occasion de parler à un tiers, de sa laisser regarder, toucher, de se confier, d’échanger des points de vue.

  5. Les schizophrènes voient leurs échecs s’accumuler, connaissent de très lourdes frustrations et souffrent d’une image de soi très dégradée, ce qui peut conduire à des fuites, des violences ou des dépressions.

  6. Les schizophrènes peuvent développer vis-à-vis du monde extérieur une méfiance plus ou moins importantes, soit du fait que le monde extérieur leur parait bizarre, soit du fait que ce monde leur parait dangereux. ; de ce fait, ils ne souhaitent pas forcément s’insérer et devenir comme les autres.

D’autre part, et en particulier s’agissant de schizophrénies chroniques installées dans la durée, la personne schizophrène s’habitue à sa maladie, à ses symptômes et au mode de vie qui va avec. Un attachement voire même une fierté par rapport à sa maladie peut participer à maintenir le schizophrène dans son handicap.

Ces difficultés là ne sont pas propres aux schizophrènes mais sont connues de tous les handicapés :

Prenons 2 jeunes gens victimes d’accident de la route et rendus paraplégiques…10 ans plus tard, l’un d’entre eux est profondément invalide et enfermé dans sa frustration et son impuissance, tandis que l’autre est inséré…

La particularité chez les schizophrènes, vient du fait que ces problèmes viennent s’amalgamer à la maladie si bien qu’il devient difficile de faire le tri entre la maladie et ses problèmes collatéraux.

Ce phénomène de cumul de handicap peut être très lourd de conséquences et peut mener à des situations inextricables. C’est sans doute ce cumul de handicap qui explique certaines différences parfois très importantes entre le handicap médical eu sens strict et le handicap réel. En effet, certains schizophrènes semblent avoir des difficultés relativement importantes mais pourtant ils sont handicapés au point de ne pouvoir s’insérer dans aucune structure.

Au contraire, certains schizophrènes semblent avoir des difficultés relativement importantes quant à la réalisation des gestes et des fonctions de bases et pourtant ils parviennent à s’insérer dans certains domaines de la vie sociale. Cela s’explique par le fait que la schizophrénie ne corrompt pas toute la personne et que la partie non corrompue peut être soit gangrenée par d’autres problématiques, soit au contraire saine et solide.

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