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J’ai observé autour de moi ainsi que le le forum schizophrénie et psychoses associées atoute.org que bon nombre de malades mentaux veulent travailler. C’est louable bien entendu, surtout lorsqu’on on est reconnu handicapé. Néanmoins, et j’en suis arrivé à la conclusion qu’il vaut mieux parfois au moins dans un premier temps passer outre cette envie légitime afin de se consacrer à améliorer son état de santé.

En effet, si on pouvait interroger les malades mentaux sur les motivations que les poussent à entamer des démarches de reprises d’emploi, je suis persuadé que pour bon nombre d’entre eux, cela serait dû à une contrainte sociale : le peu d’argent octroyé par les aides sociales types AAH en France mais aussi par la pression familiale et sociale au sens large. J’entends par là, la pression engendrée par la société elle-même qui a du mal à voir dans le malade mental, handicap souvent invisible une fausse raison de ne pas chercher un travail.

Or, cette pression sociale est souvent intériorisée par les malades eux-mêmes qui ne peuvent qu’y répondre qu’au mépris de leur santé sur le long terme. En effet, j’ai pu observer y compris sur ce blog au travers de certains commentaires d’internautes que c’est cette pression à la reprise d’activité peut amener le patient à aller contre ses intérêts de santé.

Par ailleurs, il y a aussi à considérer un autre cas de figure : le malade qui est dans le déni de sa pathologie. Dans ce cas précis, il voudra arriver à travailler quelque soit les risques sur sa santé et se dévalorisera s’il n’y parvient pas. Ce qu’il faut comprendre là, c’est que non-acceptée, la maladie mentale et je le répète souvent dans ce blog est profondément destructrice pour l’esprit bien sûr tout autant que pour le corps.

Je crois, et je tiens à le souligner une nouvelle fois qu’il faut d’abord prendre soin de soi le temps qu’il faut avant de pouvoir entreprendre des démarches allant vers le retour à l’emploi si c’est possible, si le rétablissement obtenu au fil des mois ou des années le permet. Il s’agit bien de comprendre ces problématiques plutôt que s’amuser encore et encore à stigmatiser les malades mentaux.

En ce qui me concerne, j’ai, il y a quelques années essayé de reprendre des études universitaires afin de me remettre à niveau dans le but d’une reprise d’activité et sur les conseils de mon psychiatre. Je n’ai pas pu aller jusqu’au bout de ces études mais je suis allé au bout de moi-même et de ce que je pouvais donner. En maladie, la démarche volontariste ne mène nulle part, au contraire, elle ne fait qu’aggraver la situation. C’est donc aujourd’hui, alors que je me porte bien que je sais que pour un psychotique le salut est dans l’abandon ou le renoncement au vouloir.

Cela ne veut pas dire qu’il faut se résigner à ne jamais pouvoir entreprendre des choses mais qu’il faut savoir se reconstruire sur des bases solides afin de mieux être à même de faire face au chalenge que représente un travail. Je lisais récemment le petit traité de l’abandon d’Alexandre Jollien qui allait dans ce sens : savoir s’abandonner soi afin de mieux vivre. Cela vaut aussi dans les situations extrêmes comme le handicap, d’ailleurs cet auteur est aussi handicapé.

Pouvoir prendre le temps de se reconstruire suite à une maladie ou un handicap est fondamental pour pouvoir affronter la vie et surtout la vivre le mieux possible. La vie n’est pas un concours de beauté ou d’endurance sportive. Je crois qu’il faut aussi savoir prendre du recul sur la société, les autres et aussi soi-même afin de savoir mettre de côté cette pression sociale qui nous colle à la peau.

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