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Apprendre à me connaitre a été depuis l’adolescence pour moi un enjeu important pour ne pas dire essentiel : Qui suis-je ? où vais-je et pourquoi ? La connaissance de soi est toujours l’un des moteurs essentiels de mon existence ici bas et permet dans une certaine mesure de répondre à ces questions fondamentales. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut être pleinement et réellement soi-même, qu’en tentant d’apprivoiser le contenu de son propre esprit et les mécanismes souvent forts subtils qui s’y rapportent. J’ai ainsi appris et compris que c’est dans la limite que l’on peut mieux structurer son identité personnelle et unique. En effet, c’est la limite sous-tendue d’une morale personnelle dont la source est la philosophie mais aussi certaines traditions spirituelles qu’aujourd’hui je me porte bien et je tend chaque jour je l’espère un peu + vers le bonheur.

Cela ne s’est pas fait sans mal bien sûr mais a eu en maladie des bienfaits indiscutables. Ainsi, c’est en ayant compris l’importance du bien discerner que j’ai pu mieux faire la différence d’une part entre ce qui dépend de moi ou pas et enfin ce qui est de moi ou pas.. importance capitale pour quelqu’un qui souffre de psychose. En effet, en maladie mentale, les barrières psychiques sont tombées et on tend à percevoir et à ressentir ce qu’il y a d’apparemment extérieur à soi (voix, hallucinations diverses, délires potentiels, etc …) en soi-même. On dit ainsi que le psychotique n’a plus le sens de ce qui est soi et de ce qui ne n’est pas. C’est hélas très vrai et dénote une déstructuration massive de la personnalité d’un individu et d’un morcèlement certain. Ce dernier s’accompagne généralement d’une angoisse de perte comme je l’appelle en l’occurrence d’une perte de substance de la personnalité dans un chaos imaginaire le + souvent il faut bien le dire. Le malade psy est bien souvent hélas dans les nuages de son propre esprit plutôt que dans les contingences matérielles.

C’est un des grands torts des malades mentaux si je puis dire. En ce sens, et je le rappelle, le divin souvent se cache dans l’en bas (immanence) et “moins” dans l’en haut (transcendance). C’est donc en se nourrissant d’une spiritualité en cohérence avec la réalité concrète et teintée de discernement, de lucidité que le psychotique peut effectivement avancer dans la vie et pas en se murant dans les fantasmes de son propre esprit narcissique.

Tout l’enjeu de la connaissance de soi dans un tel contexte est la réappropriation de son propre esprit et au-delà de la quête de la santé qui tend vers un bien-être durable. Je disais en préambule que c’est dans la limite que l’on se construit le mieux. C’est en s’appuyant sur ce constat et en tentant de me construire ou plutôt pour être franc me reconstruire des repères personnels que j’ai enfin compris la pertinence de bien savoir discerner sur le contenu de mon propre esprit. Savoir ce qui relevait de l’hallucination et dont il ne fallait savoir ne tenir aucun compte de ce qui était réellement devant mes yeux fut un apprentissage continu et en perpétuel mouvement. Avec le temps, et le recul massif de mes symptômes, cela m’a permis de penser par moi-même et au-delà sur le monde.

Ce fut l’occasion de me remettre en question quelque peu, de faire une sorte d’inventaire de ma vie. Non pas de juger de manière péremptoire ce qui est bien ou mal, car on n’y parvient jamais complètement, mais bien plutôt  d’accueillir et de préparer le changement. En faisant le deuil de ce que j’avais réalisé précédemment dans ma vie, j’ai pu ensuite poser les jalons de ma vie actuelle sans même forcément le savoir à l’époque.

On est parfois son pire ennemi je dois bien l’avouer… c’est cela la difficulté fondamentale. C’est l’idée selon laquelle l’esprit humain joue souvent contre l’homme lui-même. C’est en tentant de s’améliorer, en avançant sans cesse malgré tout que l’on devient humain réellement.

L’ennemi, c’est la volonté… Ce n’est qu’en apprenant à l’infléchir en tentant de prendre sur soi ce qui demande une vraie force d’âme que l’on se sauve soi-même. Dans la pratique, je suis parfois frappé par le fait que les gens qui ont beaucoup de caractère sont ceux qui en maladie sont en réalité les + vulnérables.

C’est dans la limite que l’on s’affranchit. (Paradoxal mais vrai).

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