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En examinant mes réactions face à la maladie psy dont j’ai souffert, et en regardant autour de moi chez d’autres patients, j’ai identifié 5 phases dans la façon de réagir face à la souffrance psychique. Cela vaut également dans d’autres problématiques. Bien-sûr, comme la réalité est complexe par nature, ces étapes peuvent aussi se confondre par moment et sont liées les unes aux autres logiquement en conséquence.

  1. Le déni : je suis pas malade. Combien de fois ai-je pu le constater autour de moi chez certains patients atteints de ce genre d’affection… Cette réaction est généralement peu comprise, et est hélas pourtant parfaitement entendable. En ce sens, le patient ne veut pas se rendre compte qu’il est malade psychotique pour éviter la souffrance morale intense qui résulte de la prise de conscience de sa propre “folie”. C’est d’ailleurs dans ce genre de cas que la personne est la + dangereuse pour elle-même ou pour son entourage. Il n’y a pas d’espoir à mon sens hélas dans ce genre de réaction étant donné que la personne ne veut pas se rendre compte de ses failles, elle ne peut pas entamer un processus de rémission. D’ailleurs, comme je l’ai dit dans ce blog précédemment, c’est dans ce genre de situation que les personnes s’en tirent le moins bien sur le long terme. En même temps, sans vouloir paraitre cynique, un fou qui ne sait fou ne l’est plus de fait.
  2. La colère : sentiment de révolte face à la maladie, la colère peut être utile si elle est canalisée. Néanmoins pour certains patients, ce n’est clairement pas le cas. Commençant à percevoir le fait qu’ils ont un problème, ils ne peuvent se résoudre à cela. A défaut de nier leurs problèmes, ils les refusent et luttent contre eux sans pourtant avoir une réelle prise dessus d’où, au final un sentiment de fatigue et d’impuissance. Ils se sentent victimes d’une société persécutrice, des autres mais bizarrement n’ont pas posé les bases d’une véritable compréhension de la maladie. Mon propos n’est pas d’accuser mais de mettre en évidence le fait qu’il y a effectivement une révolte légitime à exprimer face à la pesanteur de la maladie psychotique mais que celle-ci ne peut si ne doit se faire aux dépens des autres.
  3. La peur : dans ce cas précis, sentiment de perte de substance psychique et appréhensions à pouvoir faire face à la maladie mentale. Là, le patient prend conscience avec davantage d’ampleur de la lourdeur de la maladie et a le sentiment qu’il ne peut plus rien faire contre elle. Il pense que tout est fichu et qu’il ne pourra pas réparer les brèches ouvertes laissées par la pathologie dont il souffre. C’est un sentiment d’angoisse puissant, de perte parfois, d’échec le + souvent, un sentiment déchirant que de constater que l’on sera peut être plus ce qu’on était avant. D’où un écroulement narcissique.
  4. Le marchandage : Cela peut arriver à une personne atteinte de ce genre d’affection de demander au psy moins de traitement, de pas le prendre étant donné que l’on réfute l’idée d’être soi-même en difficulté. C’est un peu comme faire semblant d’être bien alors qu’on ne l’est pas. Essayer de reprendre un travail par exemple. Il n’y a là rien de condamnable au contraire, c’est un grand mérite de pouvoir travailler. Néanmoins quand la personne n’est réellement pas prête à le faire, cela peut la faire rechuter, surtout quand on connait la dureté du monde du travail et l’état de l’emploi actuellement. On ne peut pas faire semblant de pas être malade avec ce genre de pathologie… Celle-ci se rappelle toujours à soi dans la mesure où on ne peut pas faire comme si. La maladie mentale entraine de réelles brisures qui elles-mêmes entrainent des incapacités qui créent un handicap social auquel la personne sera toujours confrontée.
  5. L’acceptation : Ce n’est que lorsque l’on comprend la complication inutile et surtout le péril que représente toutes les autres approches de la maladie évoquée + haut que l’on se rend compte que la seule manière de tenter de vivre sans la maladie est d’apprendre à vivre avec. Là seulement, l’on peut entamer un processus de réappropriation de soi. Avec un traitement adapté et un bon suivi psychothérapeutique, l’on peut tenter de se reconstruire sur des bases nouvelles. L’acceptation de la maladie et de ses conséquences ne veut en aucun cas dire que l’on renonce à se battre contre elle. Disons qu’on lutte de manière + intelligente et raisonnée contre le mal-être issue de celle-ci. Quand on est dans un processus d’acceptation comme celui que je viens de décrire, l’on renonce à beaucoup de choses de soi c’est certain. C’est également certain que dans cette démarche, l’on peut retrouver la maitrise de sa vie. Entre 2 personnes en situation de handicap souffrant de la même chose au départ, si l’une enclenche cette réaction et surtout le processus psychologique de résilience associé, elle tendra sur le long terme à aller nettement mieux que quelqu’un qui sera dans le déni total de son handicap.
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