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Nous vivons une époque singulière dans l’histoire de l’humanité. Jamais auparavant nous avons eu autant de savoirs techniques mais si peu de connaissances spirituelles. Le savoir est avant tout extérieur, il permet d’avoir une meilleure appréhension du monde physique dans lequel nous vivons et au-delà nous permettre d’accumuler davantage de richesses matérielles. Nous vivons ici en occident et plus largement sur la planète entière, un développement du savoir scientifique permettant de vivre dans des conditions de confort meilleures qu’auparavant.

Néanmoins, et en corolaire de ce constat, jamais nous ne sommes collectivement et même souvent individuellement si ignorant des choses spirituelles qui sont propres à l’être humain et donc des champs de réflexion intérieur à nous-mêmes. Dans un tel contexte, comment voir la folie ? Personnellement, je pense qu’elle n’est pas forcément le signe d’une aliénation au sens moral du terme. Bien que ce genre de souffrances morales entrainent parfois il faut de dire de la déchéance sociale et morale , c’est un fait, mais pas un fait intrinsèque de la folie. Je pense même que celle-ci est aussi et avant tout une construction sociale avant d’être une classification clinique. On se sert de ce dernier point pour justifier des points de vue motivés il faut bien le dire par notre manque d’empathie. Ce qui a pour conséquence que les “fous” sont relégués en dehors de la société et ne joue pas de rôle significatif pour celle-ci.

Dans les sociétés dites traditionnelles par contre, et ce partout au coin de la planète, la folie telle que nous l’entendons au sens clinique du terme était mieux tolérée dans le corpus social en terme d’intégration dans la cité. Sans nostalgie aucune, j’aimerais ici attirer l’attention sur le fait que la plupart des saints canonisés par l’église sont vus aujourd’hui comme des psychotiques en puissance toujours au sens clinique du terme. Même le vénéré Socrate, maitre de la dialectique entendait des voix à l’instar de jeanne d’arc qui elle fut canonisée.

Non, jamais nous n’avons été si rejetant vis à vis de la folie qui, parfois tient + du génie que de la pathologie. Je ne pense pas que tous les psychotiques soient des saints ou des philosophes, loin de là… mais ils peuvent au contact de leur folie être amené à une certaine forme de contemplation au sens d’une bonne connaissance d’eux-mêmes et des mécanismes forts subtils de l’esprit humain. Comme je le dis souvent, c’est le propre de l’humain d’avoir une conscience faillible, tant la difficulté de la maitrise de son propre esprit est difficile de part la complexité des problématiques que cela nous posent en tant qu’être humain (la folie qui vient du divin est tellement plus belle que la vaine sagesse dont l’homme se targue disait à ce titre Platon).

L’origine de ce décrochage est à situer, du moins en occident, autour de 2 raisons fondamentales : le déclin de la croyance traditionnelle en l’église où + largement dans le culte mais également dans la montée progressive au fil des siècles durant des philosophies matérialistes dont la source est à situer dans l’œuvre de Descartes. Devenons donc maitres et possesseurs de la nature… sans connaitre de préférence notre propre nature humaine. Focalisons nous sur l’extérieur, oublions ce qui est intérieur à nous-mêmes.

Cela a entrainé au fil des siècles, une émancipation des individus vis à vis du phénomène de la croyance dite religieuse, par le biais d’un fort rejet clérical ce qui fut je le pense une bonne chose tant personne n’a le droit de s’approprier la connaissance. Néanmoins, il y a un revers à cette médaille, c’est que nous n’avons collectivement jamais eu aussi peu de vrais repères sur le monde sur les autres et encore moins sur nous-mêmes. De là l’ignorance fondamentale que je déplorais en début d’article. Je pense sincèrement que le sens de l’histoire est dans l’émancipation de l’individu vis à vis des carcans déterministes qu’il s’impose à lui-même et aux autres membres de la société dont il fait partie, mais pour y arriver, cet individu libre ne pourra pas faire l’impasse sur ses carcans personnels et donc forcément singulier. Nous sommes la société et celle-ci est en nous. Qu’allons-nous donc en faire ?

Nous savons bien + de choses que nos ancêtres sur le monde dans lequel nous vivons, sommes-nous meilleurs en tant qu’être humain pour autant ? C’est la question essentielle que nous devrions nous poser.

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