La faiblesse, la fragilité est humaine, et chacun peut s’en apercevoir, c’est tellement évident de la voir surtout chez les autres. Ce qui l’est moins, bien moins c’est d’en prendre réellement conscience pour soi-même. C’est une toute autre affaire. Nous sommes tous fragiles quelque soit par ailleurs notre constitution physique ou mentale, que nous fassions du sport, que nous ayons telle ou telle habileté face aux autres, la liste est longue de toutes ces choses qui nous donnent l’illusion que nous sommes forts et que nous contrôlons notre vie de A à Z. En réalité, il s’agit bien + d’une opinion que d’un fait : la psychologue qui me suit m’a dit une fois que bon nombre de ses patients qui pour certains d’entre eux occupent des postes d’importance dans la société, dont on peut penser que rien ne peut les troubler, peuvent s’effondrer en séance. Souvent d’ailleurs je me dis que ce ne sont pas les + fous qui vont voir les psys mais en vérité ceux qui les y envoient, ceux qui sont la cause d’un mal-être.

J’ai également été très surpris de constater qu’en maladie, et cela je l’ai déjà dit dans ce blog, que ceux qui ont une personnalité très affirmée face aux autres, qui comme on dit ont “du caractère” ou sont “entiers” sont précisément ceux qui ne se remettent pas du mal-être qu’ils ont à affronter chaque jour. Dans ce blog, j’ai beaucoup parlé de ma maladie tentant de montrer par le témoignage que c’est possible d’aller beaucoup mieux avec soi-même. C’est vrai, il est possible de se remettre d’un mal-être extrême d’une maladie mentale mais ce que j’écris pour les patients psychotiques, leurs familles… vaut aussi pour tout un chacun : on ne peut s’affranchir d’un mal-être quel qu’il soit sans se remettre en cause profondément. J’ai en mémoire ici une citation de Rousseau qui affirmait qu’il y a 3 temps dans la vie d’un homme : l’innocence, le temps de la faute et enfin celui de la rédemption qui serait –à mon sens- le retour à la conscience d’innocence de départ… mais  avec la conscience et la sagesse de l’adulte.

Dans la vie, personne n’évite la souffrance et les déconvenues, c’est impossible. Ce qui fait que nous sommes tous confrontés au mal c’est à dire ce qui va contre mon désir. A mon sens, soit on s’entête dans les choix que nous faisons au risque bien sûr de souffrir davantage, soit nous acceptons de nous remettre en cause, ce qui demande de l’humilité. Les gens trop orgueilleux ne peuvent changer, ils ont pour eux une illusion de force mais au fond, ils sont très faibles car leurs forces apparentes vient en réalité d’une insensibilité qui fait qu’ils sont coupés vis à vis d’eux-mêmes. Cette coupure intrinsèque fait qu’ils n’affrontent rien dans leur vie, au contraire, ils font peser sur les autres le poids de leurs souffrances. Ils ne font que fuir, dans toutes sortes d’activités ou addictions, ce qui fait, qu’au final, ils n’auront jamais accès au Sens des choses sont donc toujours seuls, quand bien même ils auraient beaucoup de monde autour d’eux, aigris, et malheureux.

En lieu et place de cette apparence de force qui nait donc de l’insensibilité et de l’orgueil qui conduit invariablement au mal-être  peut exister une véritable force dans l’humilité de la personne qui dira à tel moment de sa vie, tiens là j’ai eu tort de faire, de dire, telle ou telle chose… C’est là, la seule possibilité d’émancipation réelle vis à vis d’un mal vivre que nous pouvons tous avoir un jour. Savoir se remettre en question afin d’avoir accès à notre conscience même si dans un premier temps ça fait mal (en réalité, c’est seulement nos illusions que nous perdons). Au final quand on a finit de faire cet inventaire de soi, on devient authentiquement libre et heureux quoiqu’il se passe dans sa vie, serein y compris face à une adversité.

La vraie force vient donc de la conscience de notre propre faiblesse puisque dans cette sensibilité nait une forme d’intelligence fort peu commune quand on a triomphé de soi. Cette conscience acquise ne se donne jamais à voir mais elle est et reste présente dans la vie de la personne qui saura faire ce seul choix intelligent que d’accepter sa propre incomplétude pour justement s’en libérer..

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