Mots-clefs

,

 

Pour moi, cette pratique est avant tout un art de l’accueil… Qu’est ce que j’entend par là ?

Notre vie se passe la plupart du temps à rechercher ce qui nous fait du bien et à rejeter ce qui est cause de souffrance pour nous-mêmes. Or, comme de fait, nous sommes mortels et donc limités par nature dans nos forces, nous sommes donc inclinés à ressentir tôt ou tard dans nos vies de la douleur physique ou morale c’est à dire, ce qui va contre mon désir et que nous qualifions donc de Mal. C’est ainsi que se construit notre conscience humaine “ordinaire”. Ce qui est si particulier dans la méditation ou tout autre pratique à dimension spirituelle, c’est que ce mode de rationalité dite duelle ou dualiste consistant à appeler Mal ce qui nous fait souffrir ou Bien ce qui nous fait plaisir tend à être remis en question formellement.

En effet, d’un mal peut naitre un bien, et on peut largement le constater d’un point de vue existentiel au sens large du terme. Bien sûr, la souffrance en elle-même n’est pas désirable et n’a pas de sens seule. Néanmoins, le fait de l’accueillir, de l’apprivoiser, dans ce que Sartre appelait notre condition humaine (mortelle), peut lui permettre d’être pacifiée et comprise dans son sens profond.

Il s’agit là bien d’une prise de conscience unifiée car, ce que l’on peut appeler un mode de raisonnement non-duel qui donc prend en compte la possibilité d’une souffrance comme faisant partie d’un processus qui consiste à devenir pleinement soi-même. Seul, face à soi dans l’accueil, voilà de quoi il s’agit quand on parle de méditation. Ce n’est donc pas toujours rose, vous l’aurez compris, il s’agit de se relier à soi et donc d’accepter la possibilité ou plutôt le risque que cela suppose.

Comprise ainsi, la méditation peut faire peur bien-sûr, néanmoins, les fruits de cette pratique d’accueil de pensées et d’émotions enfouies en nous, et que nous ne pouvons pas percevoir dans une conscience ordinaire et duelle, sont tout aussi simples que réels et profonds.

Son but est donc d’être pleinement soi comme dirait bon nombre de philosophes dont Kierkegaard dont c’était La quête fondamentale, tant il est vrai que nous ne sommes jamais nous mêmes car souvent dans la peur et le conformisme intellectuel et social. Etre soi, n’a l’air de rien mais pourtant c’est cela le socle premier d’un bonheur serein et surtout durable.

Toute l’histoire de l’humanité a été dans le sens d’un affranchissement des individus face au groupe, actuellement c’est de l’excès de cette tendance historique dont nous devons sortir. L’individualisme forcené actuel est tout aussi nocif pour le groupe que pour les individus car ces derniers, ivres de libertés politiques ne voient pas que la réelle liberté c’est avant tout de se savoir responsable de sa propre vie.

Publicités