Je crois qu’il faut distinguer ces 2 concepts et la réalité qu’ils recouvrent. Qu’est ce que j’ai derrière la tête en disant cela dans mon titre ? Tout simplement que l’on peut avoir une utilité pour la société en travaillant sans pour autant être quelqu’un de bien et inversement, ne pas être utile au sens où on l’entend généralement et avoir une valeur en tant que personne. C’est ce que l’on est qui compte et pas seulement ce qu’on fait dans la vie.

Très souvent au cours de ma vie en maladie, et donc ne pouvant pas travailler,  j’ai connu beaucoup d’irrespect de la part de certains qui croient que la valeur d’une personne ne se mesure qu’a son utilité et donc à travers le travail qu’elle occupe. A + forte raison par les discours de pensées pré-mâchées des hommes politiques qui reprennent cela dans leurs propres intérêts (assistanat comme cancer de la France).

Je n’ai pas précisément demandé à souffrir de ce que j’ai souffert, j’ai envie de leur répondre… Il y a une valeur travail bien sûr je ne le nie pas mais, Il est édifiant de constater que de nos jours, plutôt que de faire la guerre à la pauvreté, on fait la guerre aux pauvres, aux malades,… enfin bref, à ceux qui n’ont pas la force suffisante pour se défendre. C’est le genre d’attitude lâche et stupidement moralisatrice que l’on entend souvent, et qui ôte la dignité à toutes les personnes qui perçoivent des aides. Bien sûr, en soi, l’assistanat n’est pas une bonne chose, mais il faut bien accompagner les gens, leur donner les moyens de passer un cap difficile dans leur vie en offrant la main tendue de la société quand c’est nécessaire. Je rappelle que tout le monde potentiellement peut être amené –surtout de nos jours- à connaitre la précarité, le chômage, la pauvreté voire l’exclusion. Ainsi, personne n’en est à l’abri.

Ce n’est pas pour autant qu’il faut prendre le parti d’accepter cet état de fait qui n’est que culturel, car l’individualisme forcené que je dénonce souvent ici est apparut somme toute assez récemment dans nos cultures occidentales. Je crois pour ma part, qu’il n’y a plus de société mais bien plutôt une accumulation d’individualités aux désirs acérés et reliés entre elles par la fibre optique et internet. Ce dont nous avons à faire actuellement est une nouvelle crise du lien social du genre de celle que les cultures occidentales ont eu affaire vers la fin du 19ème siècle avec la remise en cause des solidarités traditionnelles de la famille et de la communauté. Actuellement bien sûr, nous avons encore un modèle social qui s’est développé sur la longue période justement en réponse à cette “question sociale”  héritée donc de la fin du 19ème siècle, mais pour encore combien de temps ???

A l’heure de la mondialisation, notre modèle social qui est, pourtant l’un des meilleurs au monde s’apprête à être sacrifié sur l’autel des sacro-saints marchés financiers dont l’utilité, pour en revenir à mon propos de départ, est réelle mais pour ce qui est de la valeur humaine… vous repasserez.

Je crois que nos politiques ont faillis, voire trahis l’idéal républicain au sens où l’on veut sacrifier l’égalité d’accès aux droits sociaux (pourtant annexés dans la déclaration des droits humains fondamentaux) à la liberté économique, c’est à dire en fin de compte à la rentabilité immédiate ou, comme on dit maintenant à la “compétitivité”. Certes, c’est utile pour gagner des parts de marché mais au prix de nos valeurs et de notre histoire collective. On sacrifie donc nos valeurs humanistes et progressistes au profit de l’utilité immédiate de l’exigence de rentabilité, quel sera le prix à payer de cela ???

Qu’on ne se trompe pas sur mes idées, la liberté ne s’oppose pas à l’égalité, car, ma liberté s’arrête où commence celle de mon prochain et c’est cette conscience qui fait que je reconnais l’autre comme égal à moi-même. De même l’égalité ne s’oppose pas à la liberté dans la mesure où elle ne se confond pas en égalitarisme. Je crois en l’initiative individuelle mais également dans la coopération en matière économique, qui, et c’est démontré, donne de bien meilleurs résultats que la compétition entre individus. Ce même type de pensée libérale en matière économique nous mène au déclin ici en France et à son corolaire en matière sociétal avec le montée des solitudes comme je l’appelle. Chaque individu fait ce qu’il veut au mépris du bonheur d’autrui et donc en fin de compte au mépris du sien propre car tout est lié qu’on le veuille ou non, on est tous sur dans le même bateau si vous préférez.

Je le répète, être réellement libre, c’est être conscient de ce qu’on fait et donc accepter de se savoir responsable de ses actes, et surement pas faire ce qu’on veut et en ignorer les conséquences… et de surcroit se poser en victime. On entend de nos jours bien des discours victimaires qui, par l’émotion qui s’en dégage empêchent par nature la prise de distance réflexive.

La fraternité en fin de compte est une question de dosage entre liberté des citoyens et égalité des droits, des devoirs et cela, est une question éminemment politique. En voulant éviter la faillite, il ne faudrait pas mener le pays à la banqueroute morale qui nous couterait bien davantage.

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