« Le chat de Schrödinger », depuis 1935 dans sa boite, présente la particularité d’être mort et vivant. Non pas mort ou vivant comme dans le monde conscient mais à la fois mort et vivant. Le chat de Schrödinger n’est pas, pour ainsi dire, « coupé en deux ».

Il s’agit d’une expérience de pensée issue de la physique quantique (physique des particules élémentaires) qui, comme je viens de le mentionner fait coïncider simultanément 2 états par nature incompatibles dans le monde que nous connaissons tous par l’expérience sensible. Cette réalité de la physique théorique peut  aussi trouver son prolongement en psychologie clinique.

En effet, on observe chez les personnes présentant un trouble psychotique l’émergence du phénomène de l’hallucination. Celle-ci existe dans l’esprit de la personne en souffrance mais est en même temps non-existante de fait car en incongruence avec la réalité commune tout en désorganisant la pensée et en fin de compte toute la personnalité en créant une vraie souffrance chez les personnes qui en sont atteintes.

Dans ce cadre, comment l’esprit rationnel peut-il assimiler la présence simultanée de ce phénomène et en même temps de son contraire, c’est à dire son absence de réalité tangible, ce qui est donc par nature tout à fait contradictoire au sein de la psyché ?

Je crois pour ma part qu’on sort de ce paradoxe et de la dualité fatale qu’il entraine pour l’esprit en ne nourrissant pas ce dernier de nos projections, de nos fantasmes et des conflits intérieurs que cette réalité psychique sous-tend. Il s’agira donc pour faire face à ce paradoxe psychique, de trancher le nœud gordien que cela représente (problème sans solution) en faisant une sorte régime de l’esprit (ne pas y adhérer).

En effet, il faut accepter dans un premier temps l’impossibilité fondamentale qui consiste pour un esprit par trop rationnel de vouloir résoudre ce qui est par nature impossible à faire, c’est à dire admettre la simultanéité de la présence du phénomène hallucinatoire au fait que celui-ci n’a pas de réalité intrinsèque observable et communicable. C’est tout aussi vrai pour un esprit + névrotisé qui sera comme nous tous soumis à cette réalité pourtant si banale que nous faisons de la dualité, fruit de nos conflits personnels internes. La psychose n’est, qu’en fait,  qu’un phénomène extrême dans les réalités qu’elle induit mais est tout autant le reflet de ces mêmes tensions psychiques internes seulement dans ce cas portées à un degré paroxystique. Disons que ce n’est « simplement » qu’une question de degré de ces mêmes conflits internes.

Il s’agira donc pour l’esprit de s’appliquer à résoudre ses propres paradoxes issues de « vues » par trop « étroites » ou disons non-pacifiées et donc entrant fatalement en résonance avec les conflits internes qui en sont la cause réelle.

Or, comme je l’ai déjà évoqué ici dans ce blog, on peut tout à la fois par la raison montrer qu’un phénomène existe et n’existe pas simultanément comme dans l’exemple que je donne de la preuve de l’existence de Dieu à la fois démontrée et réfutée. En réalité, l’affirmation du principe en même temps que sa réfutation (et c’est la même chose pour la psyché) montre bien les limites même de la raison pure Cf Kant. Car, à l’évidence, ce mode de rationalité est le reflet non pas de la véracité du principe même ou de sa fausseté mais vient plutôt en incidence de nos projections fantasmés que nous pouvons avoir sur la réalité du phénomène que nous étudions par l’analyse, ici dans l’exemple, ce sera Dieu ou plutôt ce que nous projetons en subjectivité sur ce Dieu et non pas Dieu lui-même si j’ose dire.

Par contre si nous pouvons percevoir le fait que la raison humaine est d’abord émotionnelle, c’est à dire donc à ce que je crois que débute l’affirmation du principe ou parce que je n’y crois pas, sa réfutation. Car Thomas d’Aquin croyait en Dieu et donc par incidence démontrait son existence, alors que Kant ne semblait, lui, ne pas y croire d’où la réfutation qu’il lui oppose.

On voit donc ici apparaitre une autre réalité qui entre en ligne de mire : c’est le fait, que l’esprit, par le regard qu’il pose sur le sujet à analyser influe lui-même sur ce dernier. Ce qui apparait également en physique quantique : au cours de la mesure d’une observable, un système quantique voit son état modifié. Ce phénomène, appelé réduction du paquet d’onde, est inhérent à la mesure et ne dépend pas du soin que l’expérimentateur prend à ne pas « déranger » le système.

Cela sous-tend que le phénomène, et j’en reviens à mon propos initial sur la psychologie clinique, est « créé » par le sujet qui expérimente la présence simultanée de l’hallucination et son « négatif » à savoir son inexistence propre. En fin de compte, nous sommes « co-créateur » en ce sens que ce que nous projetons dans l’expérience sensible est avant tout le reflet de ce que nous sommes. C’est aussi l’idée que le monde est ce que nous en faisons (nos actes). A ceci près que ce sont les motivations de ces actes qui comptera et qui sera bien plutôt à percevoir et à comprendre dans leur profondeur plutôt que ceux-ci pris seuls.

Nous sommes l’analyse que nous livrons sur le monde. Si nous sommes heureux, le monde nous PARAÎTRA joyeux et l’inverse sera tout aussi vrai… Je pense pour ma part que c’est simplement l’objectivité rationnelle qui n’existe pas car étant donc le fruit de nos passions personnelles. C’est donc avec nos pensées, nos émotions que nous créons le monde dans lequel nous sommes.

D’où l’importance de se connaitre soi-même pour connaitre la nature même de ce monde. Il faudra donc agir sur l’émotion qui sera la cause « productive » de la rationalité et de ses projections intellectuelles qui en sont la corolaire. En clarifiant la cause, on supprime l’effet, dans le cas de la psychose, l’hallucination et le trouble induit. C’est donc en prenant conscience, en ne restant pas à la périphérie de soi comme disait une mystique comme Marthe Robin que l’on pourra effectivement et enfin tendre à approcher ce Réel inconnaissable qu’est Dieu tout en même temps que de s’accomplir soi, ce qui est en fin de compte la même chose.

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