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En occident, sur la longue période historique, on est passé très progressivement mais paradoxalement par ruptures successives d’un monde aristotélicien géocentrique repris par l’héritage chrétien centré sur Dieu à une vision du monde héliocentrique cartésienne centrée sur l’homme qui prédomine actuellement dans le monde moderne. Ces 2 appréhensions du monde si opposées se sont d’abord affrontées dans le terrain des idées avant de se retrouver au cœur de changements historiques majeurs jusqu’au développement des sciences, de l’industrie dont les applications matérielles ne cessent de s’améliorer au cours du temps.

Au Moyen-Age, Dieu était au cœur de tout en raison de l’omnipotence de l’Eglise Catholique y compris dans la cosmologie : La Terre plate placée au centre de l’univers avec l’ordre cosmique et par incidence politique qui en est induit. Quand je parle d’Aristote dans ce cadre là, c’est pour montrer qu’il n’opposait pas le monde des faits (science) au monde des valeurs (philosophie,théologie) or, ses connaissances scientifiques étaient largement incomplètes, mais malgré tout reprises par l’Eglise dans son propre intérêt. En comprenant cela, et avec l’émergence en occident du christianisme lui-même repris par le pouvoir politique, on peut mieux comprendre que tout à cette époque renvoyait à une certaine façon d’être au monde. La croyance en Dieu, à « sa » vision du monde amenait donc par corolaire la subordination au pouvoir royal vu comme une institution de Droit Divin ainsi donc qu’à celui de L’Eglise. La souveraineté dans ce cadre était largement transcendante, c’est à dire contenue dans la personne même du monarque vu comme le lieutenant de Dieu sur Terre. Ces conceptions pour surannées qu’elles soient, étaient largement adoptées et répandues sur plusieurs pays dans notre civilisation et permettaient aux individus de vivre ensemble malgré les aberrations qu’elles constituent du point de vue actuel.

C’est avec des « incidents » comme celui de Galilée par exemple ou celui de la Réforme Protestante en Europe ainsi que le développement de l’imprimerie dont il ne faut absolument pas négliger l’importance, que le Savoir va se répandre et le doute s’instiller dans les esprits. Ce qui ne va pas sans des remises en question majeures de cet ordre médiéval centré sur Dieu et son Eglise et de son ordre du monde correspondant. Avec l’émergence et la diffusion des œuvres grecques et même de la Bible reprise et surtout diffusée à un + large public et leur étude (primordial) que la déstabilisation a pu débuter.

C’est par la diffusion d’œuvres philosophiques, scientifiques dont la redécouverte s’est surtout appliquée au siècle des Lumières que l’espace Divin comme on pourrait l’appeler, s’est vu progressivement au cours des siècles suivants relégués à l’expression d’une foi privée à travers la laïcité que nous connaissons aujourd’hui.

Nous avons rendu immanent le pouvoir politique par la République (Souveraineté venant « d’en-bas »: du peuple) que nous avons actuellement. Nous avons fait des découvertes scientifiques fondamentales dans tous les domaines, qui nous ont permis de mieux vivre et + longtemps. Ce sont des avancées historiques qui se sont faites sur plusieurs siècles, et c’est pourquoi, il ne faudrait absolument pas revenir en arrière. La civilisation occidentale s’est affranchie de ses figures tutélaires qu’étaient l’Eglise et le pouvoir Royal dépendante l’une de l’autre. Nous avons accepté la perspective du Savoir intellectuel comme fondement du Progrès humain.

Il serait complètement aberrant qu’aujourd’hui, sous prétexte d’une vision tout à fait étriquée de la religion, nous revenions sur des acquis civilisationnels qui ont mis des siècles à émerger. Au contraire, il nous faut aujourd’hui en + ajouter et intégrer à cette vision purement cartésienne ou rationaliste qui entraine bon nombre d’incompréhensions culturelles, une perspective spirituelle de la religion et de la vie, c’est à dire être dans une posture médiane entre d’un côté une vision Divinisé, transcendante mais au final tyrannique d’une religion trop prise à la lettre et de l’autre, une vision par trop humaine, rationnelle en valeur comme en finalité c’est à dire en fin de compte à une société purement matérialiste, qui crée un énorme manque de repère moral et spirituel.

En ce qui me concerne, j’appelle à une nouvelle révolution spirituelle, philosophique, fondamentalement non-violente par sa nature-même. C’est réellement urgent face au cynisme de nos sociétés occidentales basées uniquement sur le matérialisme. J’insiste beaucoup dans cette perspective sur la prise en compte par la religion de l’interprétation spirituelle et philosophique des textes dit « sacrés ». D’où la nécessité que les religions face leur révolution culturelle, cela me parait impératif afin de donner du sens à ce vide collectif dont nous sommes chaque jour témoin (ex : télé-réalité,…).

Il s’agit là de se trouver personnellement et collectivement de nouvelles façons de penser le monde afin de pouvoir l’habiter ensemble de nouveau. Dans cette optique, il faudra simplement savoir sur le plan spirituel et philosophique, où positionner le curseur entre une vision trop théocentrique ou à l’inverse une perspective purement anthropocentrique. Les 2 positions doivent trouver un équilibre médian, l’excès dans l’une ou l’autre voie est périlleuse à mon sens. C’est justement sur le plan moral ce à quoi nous invite Aristote ou même Bouddha : adopter une voie médiane, avoir le courage de la modération…

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