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Les mythes ont pour but et fonction d’expliquer des problèmes moraux, spirituels et philosophiques difficiles par le biais d’images et de représentations de façon à ce que la plupart de gens puissent en percevoir le sens réel. Par exemple, le mythe de la création biblique de l’homme placé à l’origine dans le jardin d’Eden montre bien cette réalité. Il ne coïncide pas avec les acquis scientifiques actuels et ne sont donc pas à comprendre d’un point de vue littéral, moral et donc forcément réducteur, mais bien plutôt dans une perspective et dans un sens spirituel.

Tel est le cas également du mythe grec d’Oreste et des Furies pour ce qui est des maladies mentales.

ALF_TF_ANT_Oreste-Furies-1862Oreste était le petit-fils d’Atrée, un homme qui avait tout fait pour se prouver qu’il était plus puissant que les Dieux. A cause de son crime contre eux, les Dieux punirent Atrée en maudissant tous ses descendants. Il en résulta que la mère d’Oreste, Clytemnestre assassina Agamemnon, son mari et le père D’Oreste. Ce crime fit descendre la malédiction sur lui car, selon le code de l’honneur, un fils était obligé de venger le meurtre de son père. Mais le péché le + grave qu’un Grec pouvait commettre était le matricide.

Oreste était donc torturé par ce dilemme. Finalement, il fit ce qu’il devait faire et assassina sa mère. Pour ce crime, Les Dieux punirent alors Oreste en lui envoyant les Furies, trois abominables harpies, que lui seul pouvait voir et entendre, et qui le tourmentaient jour et nuit.

Poursuivi par les Furies partout où il allait, Oreste erra dans le pays, cherchant à expier son crime. Après maintes années de réflexion et d’abnégation, il implora les Dieux de le libérer de cette malédiction sur la maison d’Atrée et des visites des Furies, disant qu’il croyait sincèrement avoir expié le meurtre de sa mère. Un jugement fut tenu par les Dieux. Apollon dit que c’était lui qui avait imaginé le scénario et placé Oreste dans la situation où il devait tuer sa mère ; Oreste n’était donc pas responsable. A ce moment, Oreste régit et contredit son défenseur par cette affirmation : “C’est moi qui ai tué ma mère, pas Apollon !”

Les Dieux étaient ébahis. Jamais un membre de la maison d’Atrée n’avait assumé ainsi la totale responsabilité de ses actes au lieu de les incriminer, eux.  Finalement, le jugement fut rendu en faveur d’Oreste, et non seulement les Dieux levèrent la malédiction sur sa famille, mais ils transformèrent les Furies en Euménides, des esprits bienveillants qui, par leurs sages conseils, permirent à Oreste de savoir toujours se sortir d’affaire.

Le sens de ce mythe est clair. Les Furies hallucinatoires, que seul Oreste pouvait percevoir renvoient aux symptômes de la maladie mentale. Le fait que celles-ci finissent par se transformer en Euménides se fit parce que Oreste a accepté voire assumé sa condition et ses actes. En effet, il n’a pas cherché à blâmer sa famille qui était à l’origine de la malédiction, ni les Dieux ou le destin, la société où que sais-je encore… Non, au contraire, il fit des efforts de longue haleine pour s’en sortir, et ce qui l’avait fait souffrir mille tortures lui amena au final la sagesse.

Ce mythe montre bien – au delà – des époques, que lorsque la personne accepte la part de folie que représente les symptômes de la maladie mentale en général, et qu’en responsabilité, celle-ci prenne son traitement, fasse un gros travail sur elle-même en parallèle, fera qu’au final, cela transformera nos propres Furies personnelles (nos parts d’ombres) en sagesse et en lumière si ce travail est correctement fait.

C’est un mythe, qui me parle beaucoup. En effet, je n’ai pas cherché à blâmer qui que ce soit pour mon mal-être issu de ma maladie mais j’ai pris mes responsabilités en acceptant que celle-ci faisait partie de ma vie même si évidemment c’est un chemin ardu. C’est peut-être pour cela que ce qui était – à la base – un choc et un traumatisme existentiel énorme a fini par devenir une source d’apaisement puisque cela m’a permis de mieux cerner les mécanismes de mon propre esprit et donc d’en tirer de la créativité.

Par ailleurs, comme l’affirment les Stoïciens et comme j’aime aussi à le dire à ma façon,  il y a 2 types de souffrances :

  1. Celles qui viennent de la vie et sont le fruit de la condition humaine (la maladie, la mort,…) dont on ne peut qu’accepter la présence, tout en tentant bien-sûr d’en atténuer l’impact : c’est ce chemin que j’ai pris pour ma maladie.
  2. Celles causées par les être humains envers eux-mêmes et qui sont à dénoncer et à combattre (l’injustice, la pauvreté,…).

La sagesse sera donc de bien faire la part des choses entre ces 2 types de souffrances.

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